Windows 10 prolongé jusqu'en 2027? Pas pour votre entreprise.
Windows 10 prolongé jusqu'en 2027 » : la nouvelle a fait le tour des médias fin juin. Ce que le titre ne dit pas, c'est qu'elle ne concerne que les appareils personnels. Pour les postes de votre entreprise, rien n'a changé — sauf la facture, qui double en novembre. Voici le vrai calcul, et le plan pour choisir votre moment plutôt que de le subir.
Fin juin, la nouvelle a circulé partout, des sites techno jusqu'aux grands médias : « Microsoft prolonge Windows 10 jusqu'en 2027 ». Dans bien des PME, quelqu'un l'a lue, a pensé au dossier de migration qui traînait sur le coin du bureau, et l'a mentalement reclassé dans la pile « pas urgent ».
C'est exactement le réflexe que cette annonce risque de provoquer — et c'est une erreur qui pourrait coûter cher. Parce que le titre omet un détail fondamental : la prolongation annoncée le 25 juin ne s'applique qu'aux appareils personnels. Les ordinateurs de votre entreprise, eux, n'ont eu droit à aucun sursis.
Ce que Microsoft a vraiment annoncé
Petit rappel de contexte. Le support officiel de Windows 10 est terminé depuis le 14 octobre 2025. Depuis cette date, plus aucun correctif de sécurité n'est publié pour ce système — sauf pour ceux qui adhèrent au programme de mises à jour de sécurité étendues, l'ESU (Extended Security Updates).
Ce programme existe en deux versions qui n'ont à peu près rien en commun. La version grand public, gratuite ou presque, exige un compte Microsoft et couvrait initialement une seule année. C'est elle que Microsoft vient de prolonger jusqu'au 12 octobre 2027. La version entreprise, elle, se paie par poste, par année — et son prix double chaque année.
Or au moment de l'annonce, Windows 10 tournait encore sur environ un poste Windows sur quatre dans le monde, selon StatCounter. Windows 11 a beau avoir franchi le milliard d'utilisateurs en janvier, les parcs d'entreprise, eux, migrent toujours plus lentement que les particuliers : matériel amorti sur cinq ans, logiciels métier à valider, budgets à planifier. Si une partie de vos postes roule encore sur Windows 10, vous êtes loin d'être seul. Mais vous êtes exposé.
La facture qui double en novembre
Voici les vrais chiffres du programme ESU pour les organisations, tels que publiés par Microsoft :
L'année 1 (novembre 2025 à octobre 2026) coûte 61 $ US par appareil — environ 85 $ CAD. L'année 2, qui démarre en novembre 2026, double à environ 122 $ US (autour de 172 $ CAD). L'année 3 double encore, à environ 244 $ US (autour de 345 $ CAD). Maintenir un seul poste Windows 10 sous ESU pendant les trois années du programme revient donc à environ 600 $ CAD — pour un ordinateur qui, dans bien des cas, a déjà six ou sept ans.
Deux subtilités rendent l'affaire encore moins intéressante. D'abord, les licences ESU sont cumulatives : une entreprise qui n'a rien fait en 2025 et qui voudrait embarquer à l'année 2 devra aussi payer rétroactivement l'année 1. Ensuite, l'ESU n'inclut ni support technique, ni nouvelles fonctionnalités — uniquement les correctifs de sécurité jugés critiques ou importants. C'est une assurance minimale, pas un service.
Cette tarification exponentielle n'est pas un accident. C'est le message de Microsoft, écrit en chiffres : l'ESU est un pont, pas une destination.
Ce n'est pas juste une question d'argent
Un parc qui roule sans correctifs de sécurité n'est pas simplement « un peu moins à jour ». Il devient une cible identifiée. Chaque mois, le Patch Tuesday de Microsoft corrige des failles dans Windows 11 — et publie du même coup, aux yeux des attaquants, la liste des vulnérabilités qui resteront ouvertes pour toujours sur les Windows 10 non couverts. Les cybercriminels n'ont même plus besoin de chercher : la carte routière se met à jour tous les mois.
Au Québec, il y a une deuxième couche. La Loi 25 exige des entreprises qu'elles protègent les renseignements personnels avec des mesures de sécurité raisonnables. Défendre le caractère « raisonnable » d'un parc informatique qui ne reçoit plus de correctifs depuis des mois, après un incident de confidentialité, sera un exercice difficile — devant la Commission d'accès à l'information comme devant vos clients.
Et il y a votre assureur. Les questionnaires de cyberassurance demandent presque tous si vos systèmes sont supportés par leur éditeur et maintenus à jour. Un « oui » inexact au renouvellement, découvert après un sinistre, c'est le genre de détail qui transforme une réclamation en litige.
Le vrai obstacle : le matériel
Si la migration vers Windows 11 n'était qu'une mise à jour logicielle, la question serait réglée depuis longtemps. Le blocage est ailleurs : Windows 11 exige une puce de sécurité TPM 2.0 et un processeur relativement récent — grosso modo Intel de 8e génération ou AMD Ryzen 2000 et plus. Beaucoup de postes achetés avant 2018 ne se qualifient tout simplement pas.
Concrètement, votre parc se trie en trois piles :
Les postes compatibles. Pour eux, la migration est gratuite, conserve fichiers et applications, et se planifie comme n'importe quel projet TI. C'est la pile facile — et souvent la plus grosse.
Les postes incompatibles. Ici, le calcul devient limpide : 600 $ d'ESU sur trois ans pour prolonger un ordinateur en fin de vie, ou le même montant appliqué au remplacement par un poste neuf, plus rapide, sous garantie, qui règle le problème pour les six prochaines années. Dans la majorité des cas, l'ESU perd.
Les cas particuliers. Le poste qui pilote une machine-outil, le logiciel métier certifié uniquement sur Windows 10 : là, une année d'ESU ciblée — combinée à une isolation réseau du poste concerné — se justifie comme mesure transitoire. C'est l'exception qui confirme la règle, pas une stratégie de parc.
Un dernier élément au dossier : les applications Microsoft 365 continueront de recevoir des correctifs de sécurité sur Windows 10 jusqu'en octobre 2028, mais leurs fonctionnalités sont gelées depuis 2026. Pendant que vos licences M365 évoluent , les postes restés derrière décrochent tranquillement.
Le plan avant l'automne
La bonne nouvelle : à la mi-juillet, il reste exactement le temps qu'il faut pour faire ça proprement — à condition de commencer maintenant plutôt qu'en octobre.
1. Inventorier. Quels postes roulent encore Windows 10, et lesquels sont compatibles Windows 11? Un outil de gestion de parc répond à cette question en quelques minutes. Sans inventaire, tout le reste est de l'improvisation — c'est d'ailleurs la première étape de tout audit sérieux .
2. Trier. Compatibles, incompatibles, cas particuliers. Trois piles, trois traitements.
3. Budgéter en étalant. Remplacer quinze postes d'un coup en novembre, c'est subir les délais d'approvisionnement et le prix fort. Étaler les remplacements sur l'automne, c'est négocier, prioriser les postes critiques et lisser la dépense.
4. Migrer par vagues. Les postes compatibles d'abord, un service à la fois, avec un plan de retour arrière. L'objectif : arriver au renouvellement ESU de novembre avec une liste courte — idéalement vide.
La question, au fond, n'est pas de savoir si votre parc quittera Windows 10 : il le quittera. La vraie question est de savoir qui choisira le moment — vous, cet été, avec un plan; ou la facture de novembre, qui décidera à votre place.
Chez MMO Techno, on accompagne les PME québécoises exactement là-dedans : inventaire du parc, tri compatibilité, plan de migration étalé et remplacements négociés — sans interrompre vos opérations. Si vous ne savez pas combien de vos postes roulent encore sur Windows 10, c'est probablement le signe qu'il est temps de nous appeler .